JULIEN DEPREZ

Julien Deprez a toujours exploré le geste, essayant de faire de la tech- nique son alliée, liant ainsi ses connaissances d’ingénieur à son œuvre d’artiste. Conçues et fabriquées par lui, ses machines impriment, couche après couche, la vérité d’outil que leur dicte leur créateur. Nait alors une réalité saturée et sublime, dont la rencontre nous met en mouvement, et nous attache à notre contre-nature.

Ce sont ces même machines qui, insensibles à l’objet, tracent sans affection une version du réel qui ne lui appartient plus. Par ce jeu de miroir entre l’artiste, son objet, et ses outils, l’œuvre de Julien Deprez surligne, couche après couche, un réel qui s’estompe et se brouille, à mesure qu’on essaie de le tracer. Apparait une image déformée, dont la vérité éclate. Pareil à des strates de temps, de regards, elle évoquent un souvenir qui ne sera jamais plus.

Ces sujets, inspirés et tirés de zones urbaines et industrielles, souvent aux frontières de la nature, nous content une humanité qui rêve le monde et l’a en même temps transformé, de manière inexorable.

Cette mécanisation du geste créateur est sûrement ce qui apporte le détachement nécessaire à l’épanouissement de son œuvre. Sans ego, sans affect, cette poésie reflète une vision d’un artiste excentrée, autant observateur de son œuvre, qu’il en est l’auteur. Plus que l’objectivité du geste, c’est la place de l’artiste, qui est en question. Non seulement au travers de ses machines, mais aussi par les couleurs, irréelles et impossibles, allant à l’encontre de ce qu’est la nature.

Si ce sont les machines qui créent pour nous, que sommes nous alors de- venus ? Des démiurges ? De simples techniciens ? Ou encore, les uniques détenteurs de ce que l’on appelle poésie.

Détaché par une mécanique industrielle, le geste est à nouveau retrouvé, maîtrisé, exploré. Que ce soit ses plotters à peindre ou à graver, ou bien les presses avec lesquelles il tire la dernière version de sa réalité, l’œuvre de Julien nous rappelle à notre humanité. Notre âme voyage, et retient une substance qui révèle un mode plein de beauté, effrayant et poétique, « pollué » par l’homme, qui partout y laisse son empreinte, impersonnelle.

Guillaume Attal


Passionné par le dessin industriel et le graf ti, Julien Deprez intègre l’École nationale supérieure des beaux-arts de Paris après un DUT génie mécanique et productique. Immédiatement attiré par la gravure, il allie très vite ce nouveau champs d’exploration à son intérêt pour les processus techniques et industriels. Il développe alors des robots peintres et graveurs, permettant de réaliser de grandes productions abstraites et donnant lieu à une réflexion sur la gravure elle-même : comment allier un medium ancien et traditionnel comme la gravure à des machines numériques et contemporaines ?

Alors qu’il expérimente ces techniques hybrides et met au point ses premiers robots, il découvre l’impression 3D. Il plonge ainsi dans le mouvement « maker », côtoie les fablabs et les salons DIY. Il conçoit sa propre imprimante 3D, l’industrialise et lance Dood Studio, spécialisé dans l’accompagnement de projets de fabrication additive. Ce projet entrepreneurial lui permet de voyager en Afrique et en Cisjordanie où il forme des étudiants à l’utilisation de ces technologies.

En parallèle, il développe de grands robots peintres et graveurs qui l’assistent dans son travail artistique actuel. La gravure évolue alors entre dans un va-et-vient continu entre la main et la machine. Les robots sont précis, robustes et inépuisables. La main, quant à elle, vient gratter, brunir, retrouver les blancs, effacer les traces mécaniques…

Il est ensuite embauché en tant que taille-doucier chez Maeght Éditions où il se replonge dans ce medium qu’il affectionne particulièrement et acquiert un solide savoir-faire.

Julien Deprez s’intéresse autant à la capacité de l’homme à concevoir, multiplier, assembler et produire en série, qu’aux paysages qui en dé- coulent. Ainsi, depuis plusieurs années, son travail puise essentiellement ses références dans les zones péri-urbaines et les friches industrielles où la nature reprend ses droits.

Espaces hybrides, entre deux états et par définition voués à disparaître, ils sont souvent considérés comme hostiles, mornes et inhospitaliers. Julien Deprez en opère une relecture, les rendant chaleureux et accueillants. Dans ce processus, c’est en particulier l’usage sur la couleur qui est en jeu. Très riche en gravure, le travail des couleurs invite à l’expérimentation et à l’abstraction.

En résidence à Madrid, il poursuit l’étude des périphéries urbaines dans un nouvel espace d’exploration. Arganda del Rey et les alentours de Leganés deviennent ainsi des terrains d’étude, propices à la réinterprétation et à l’enrichissement des perspectives.

Ce temps de résidence lui permettra également d’approfondir la tech- nique de la gravure au carborundum, qu’il a récemment découvert en restaurant des plaques originales de Joan Mirò. Avec cette technique, consistant à dessiner sur la matrice à l’aide de grains de carbure de silicium, Julien Deprez ouvre non seulement une nouvelle porte en terme de création mais se lance également un dé technique : adapter ses machines et ses robots à cette technique à mi-chemin entre la lithographie et la gravure en creux.

Présentation issue du site de la Casa de Velázquez

Julien Deprez est né en 1980. Il vit et travaille à Paris.

2003 : DUT Génie Mécanique et Productique, IUT de Cachan

2007 : Prix de gravure VAN ZEELAND Académie des Beaux Arts
2008 : Édition de 2 livres d’artiste au CNEAI (centre national de l’estampe et des arts imprimés)

2009 : Diplômé de l’École Nationale Supérieure des Beaux Art de Paris

2009 : Exposition collective galerie Bendana Pinel Paris (avec Morgane Denzler, Jessica Lajard)
2011 : Exposition au café Sotheby’s
2012 : Exposition Collective Collectif RING (avec Romain Trinquand, Guillaume Vellard)
2012 : Création d’une entreprise concevant et fabriquant des imprimantes 3D
2013 : Exposition à la Gaité Lyrique,
2013 : Prix International Space Apps Challenge (Nasa), projet d’une imprimante 3D Africaine
2014 : MakerFair Paris
2015 : Futur en Seine, Createch
2015 : Prix Scientipôle
2016 : VIVA technologie, Futur en Seine
2017 : Exposition collective Fantaisie au Celsius, Pantin
2017-2020 : Graveur Chez Maeght éditeur
2018 : Exposition de dessins au Théâtre d’Aubervilliers « Un désir d’ordre inatteignable»
2019 : Allée des Sphinx, cinéma le Louxor, exposition collective (avec Claire Vaudey, Romain Trinquand)
2019 : Exposition collective au Château de Nogent-le-Roy.

2020 : Endless Summer, Exposition collective, Galerie Sabine Bayasli
2021 : Show d’hiver, Exposition collective, Galerie Sabine Bayasli

2020-2021 : Membre de la Casa de Velázquez, Madrid, résidence artistique de septembre 2020 à juillet 2021

2021-2022 : Itinérance 2021, exposition collective présentant le travail des artistes résidents 2020-2021 de la Casa de Velázquez, Madrid (2021) – Paris (2022) – Nantes (2022).

2021 : V O L V E R, Exposition personnelle, Galerie Sabine Bayasli

EXPOSITION VOLVER 2021 :