CLÉMENT REINAUD

2020
DOMO, Galerie Sabine Bayasli, Paris
2018
Bling-Bling, Galerie Sabine Bayasli, Paris
2017
CEVAD, Carpentras « Territoire(s) », Pont des Arts, Marcillac-Vallon
2015
«JOUER! », Conservatoire des Arts, Montigny-Le-Bretonneux
2012
Galerie Municipale de Créteil
Galerie des Chemins, Fontenay-Sous-Bois
2021
Novembre à Vitry, Galerie Municipale Jean Collet, Vitry/Seine
2020
Nos vies numériques, Atelier d’Artiste de Belleville, Paris, septembre
2019
Garde à vue, Galerie Sabine Bayasli, Paris, décembre
L’invitation, Galerie Sabine Bayasli, Paris, avril-mai
Palace, Galerie ZAN, janvier
2017
In Mysterious Ways #2, Under Construction Gallery, Paris
Un Monde in-Tranquille, CAC, Meymac
2016
Novembre à Vitry, Galerie Municipale Jean Collet, Vitry/Seine
Prix Paliss’art 2016, La Source, La Guéroulde – Lauréat du Second Prix
2014
Novembre à Vitry, Galerie Municipale Jean Collet, Vitry/Seine
Parcours d’Artistes, Pontault-Combault CRAC, Champigny-Sur-Marne
Art’ifice, Montgeron
2012
Novembre à Vitry, Galerie Municipale Jean Collet, Vitry-Sur-Seine
2010
Jeune Création, Le CentQuatre, Paris

 

2008
Dark Horses, Galerie Hauptmann & Kampa, Zürich
3 Days Concept Exhibition, CEAAC, Strasbourg
Benda Bilili, La Chaufferie, Strasbourg`
53ème Salon de MontrougePeinture Fraîche, La Chaufferie , Strasbourg

Pour sa première exposition personnelle à la Galerie Detais, Clément Reinaud montre ses toiles les plus récentes, un ensemble de Villas prêtant toutes au porte à faux, mêlant des matériaux de récupération issus d’un bric à brac de carton et de plastique et celés par du scotch.

Clinquantes, ces maisons s’imposent par leurs couleurs criardes et leurs allures sophistiquées : baies vitrées panoramiques, colonnades, patios et terrasses couvertes de velum, pans coupés et portes dérobées, tout semble évoquer les Case Study Houses californiennes, les demeures huppées de Mallet-Stevens ou les chalets suisses du Corbusier.
Symboles d’appartenance à une bourgeoisie qui cherche au milieu du 20e siècle à se démarquer de classes populaires et moyennes parvenant enfin à un habitat sain et digne, les maisons d’architecte se situent entre l’objet social et l’oeuvre d’art. Matériaux, lignes et perspectives signalent le bon goût de leurs propriétaires autant que leur privilège d’habiter dans des maisons individuelles.

Bling-bling, les Villas de Clément Reinaud pourraient l’être, si elles n’étaient réalisées de déchets – sans doute peut-on les penser habitées par les victimes de marchands de sommeil, ou par les rêves peuplant les jeux d’enfants.
Elles apparaissent comme les dernières incarnations, dans la peinture de l’artiste, des maquettes et des jeux de construction qu’il prend habituellement pour modèles. L’univers du jeu, par lequel on peut construire avec peu de choses un paysage nouveau et imaginaire, est omniprésent dans son travail. Métaphores des fictions qui s’opèrent par l’art même, initiant des récits fantasmés qui sans cesse, avec les mêmes éléments, peuvent recomposer de nouveaux récits et de nouvelles aventures, les maquettes sont aussi le point de départ de chaque toile, sur laquelle elles acquièrent un statut de représentation et de potentialité.

«La séparation entre l’idée de fiction et celle de mensonge dénit la spécificité du régime représentatif»1, comme le rappelle Jacques Rancière : en détachant ses modèles réduits de leurs dimensions réelles, Clément Reinaud les transforme en de possibles colosses hissant leurs toits vers les plus hauts sommets. Comme dans le jeu, un mentir vrai se fait jour dans l’espace pictural.

Reflets de ce mécanisme, les Villas renvoient par ricochets à un vrai mensonge : celui qui impose une séparation entre kamikaze loggias2 et datchas, entre opulence et rebut, entre faibles et puissants.
Bling-bling : le bruit des chaînes portées au cou des rappeurs n’est que l’écho de celui que faisaient les chevilles des esclaves – écho lointain qui se prolonge aujourd’hui des ghettos de riches jusqu’aux cités mal famées, traînant une ribambelle de rêves devenus adultes.

1. Jacques Rancière, Le partage du sensible, La Fabrique éditions, 2000.
2. Extensions vernaculaires des immeubles modernes construits à Tbilissi et dans toute la Géorgie durant l’ère soviétique, les «kamikaze loggias» sont des ajouts, sur la façade, de nouvelles pièces soutenues par un assemblage chaotique de poutres et de planches, leur conférant une dangereuse instabilité, similaire à l’anarchie du nouveau régime des années 1990.